
Le petit salé aux lentilles est l’un de ces plats qui racontent une cuisine de patience et de bon sens. Rien de spectaculaire dans sa composition, et pourtant, lorsqu’il est bien préparé, il offre une profondeur de goût remarquable. La viande fondante, les lentilles parfumées au bouillon, les légumes longuement mijotés… tout repose sur le temps et l’équilibre.
C’est un plat d’hiver par excellence, fait pour les repas en famille, les dimanches sans précipitation ou les grandes tablées où l’on sert directement la cocotte au centre. La cuisson douce permet aux saveurs de se mêler naturellement, sans artifices. Ici, la technique consiste surtout à respecter les produits et à maîtriser les temps.
Je le prépare toujours dans un esprit de cuisine de tradition : une viande bien dessalée, des lentilles qui restent intactes et un bouillon riche mais clair. Le résultat doit être à la fois généreux et digeste, rustique mais élégant dans sa simplicité.
La recette du petit salé aux lentilles

Petit salé aux lentilles
Ingrédients
- 800 g petit salé
- 300 g lentilles vertes
- 1 oignon
- 2 carottes
- 1 branche céleri
- 2 gousses ail
- 1 bouquet garni
- 10 g beurre
- 20 ml huile neutre
- 1.5 L eau
- 2 g poivre
Instructions
- Placer le petit salé dans une grande casserole, couvrir d’eau froide et porter à ébullition pendant 5 minutes. Égoutter et rincer pour éliminer l’excès de sel et les impuretés.
- Remettre la viande dans une cocotte, ajouter 1,5 L d’eau froide, le bouquet garni, l’oignon entier piqué avec l’ail et la branche de céleri. Porter à frémissement et laisser cuire à feu doux pendant 1 heure.
- Pendant ce temps, éplucher et couper les carottes en rondelles. Rincer les lentilles à l’eau froide sans les faire tremper.
- Après 1 heure de cuisson de la viande, ajouter les lentilles et les carottes dans la cocotte. Mélanger délicatement et poursuivre la cuisson à feu doux pendant 35 à 40 minutes.
- Vérifier régulièrement le niveau de liquide : les lentilles doivent rester juste couvertes. Ajouter un peu d’eau chaude si nécessaire.
- Retirer le bouquet garni, l’oignon et le céleri. Sortir la viande et la découper en morceaux ou en tranches épaisses.
- Remettre la viande dans la cocotte. Ajouter le beurre et l’huile, mélanger délicatement pour enrober les lentilles et apporter du moelleux.
- Goûter, poivrer et ajuster le sel seulement si nécessaire, puis laisser reposer 10 minutes hors du feu avant de servir bien chaud.
Notes
Questions fréquentes sur le petit salé aux lentilles
Oui, cette étape est essentielle pour éviter un plat trop salé. Un blanchiment rapide à l’eau bouillante pendant quelques minutes permet d’éliminer l’excès de sel. Si la viande est très salée, vous pouvez la laisser tremper 1 à 2 heures dans de l’eau froide. Goûtez toujours le bouillon avant d’ajouter du sel en fin de cuisson.
Les lentilles vertes du Puy sont idéales car elles tiennent parfaitement à la cuisson et restent bien distinctes. Les lentilles vertes classiques conviennent également si elles sont de bonne qualité. Évitez les lentilles corail ou blondes, qui se délitent facilement. La texture finale doit rester ferme mais fondante.
Contrairement aux haricots secs, les lentilles cuisent rapidement et ne nécessitent pas de trempage. Un simple rinçage suffit pour éliminer les impuretés. Le trempage risquerait même de les rendre trop fragiles. Elles doivent garder leur tenue pendant la cuisson avec la viande.
Oui, et c’est même recommandé. Comme beaucoup de plats mijotés, il est encore meilleur réchauffé le lendemain. Les saveurs se développent et la texture devient plus harmonieuse. Réchauffez doucement à feu doux en ajoutant un peu d’eau ou de bouillon si nécessaire.
La palette demi-sel est le morceau le plus courant, car elle devient très fondante. La poitrine ou le travers fonctionnent également très bien. Vous pouvez aussi ajouter une saucisse de Morteau ou de Montbéliard pour plus de caractère. L’important est de garder un équilibre entre viande et lentilles.
Les lentilles doivent toujours rester juste couvertes de liquide pendant la cuisson. Si le niveau baisse trop, ajoutez de l’eau chaude, jamais froide, pour ne pas casser la cuisson. En fin de cuisson, la texture doit être moelleuse mais non liquide. Un repos de quelques minutes permet d’obtenir la consistance idéale.
Oui, en choisissant des morceaux moins gras comme la palette plutôt que la poitrine. Vous pouvez également dégraisser le bouillon en surface en fin de cuisson. L’ajout de légumes supplémentaires comme du poireau ou du navet apporte de la légèreté. Le plat reste généreux mais plus équilibré.
Servez directement dans une grande cocotte ou un plat creux, avec la viande découpée sur les lentilles. Un peu de moutarde à l’ancienne accompagne parfaitement ce plat. Un vin rouge léger ou un vin du Beaujolais fonctionne très bien. C’est un plat convivial qui gagne à être partagé simplement.
Les origines du salé aux lentilles
Le petit salé aux lentilles appartient à la grande tradition des plats paysans français, nés d’une cuisine d’économie et de conservation. Avant l’apparition de la réfrigération, la viande était conservée par salaison : on frottait les morceaux de porc avec du sel pour les garder plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ces morceaux salés, appelés “petit salé”, devenaient ensuite la base de nombreux plats mijotés.
Les lentilles, quant à elles, étaient l’une des légumineuses les plus accessibles et les plus nourrissantes. Riches, peu coûteuses et faciles à conserver, elles constituaient une source essentielle de protéines pour les familles rurales. L’association du porc salé et des lentilles permettait d’obtenir un repas complet, énergétique et économique.
Ce plat s’est largement répandu au XIXe siècle, notamment dans les régions d’élevage porcin comme le Centre, l’Auvergne ou la Bourgogne. Les lentilles vertes du Puy ont ensuite contribué à lui donner ses lettres de noblesse grâce à leur tenue exceptionnelle à la cuisson.
Aujourd’hui, le petit salé aux lentilles reste un symbole de la cuisine bourgeoise familiale française : un plat de bistrot, de maison de campagne ou de cuisine de grand-mère. Sa popularité tient à sa simplicité et à son authenticité, dans un esprit de cuisine lente où le temps transforme des ingrédients modestes en un véritable plat de caractère.









